Éviction de Florent Montillot : le violent affrontement entre Olivier Carré et Serge Grouard au conseil municipal d'Orléans


Mardi 19 Novembre 2019

La République du Centre


Le conseil municipal d'Orléans s'est réuni ce lundi 18 novembre, à 14h30, sur fond d'échéances électorales et de tensions grandissantes au sein d'une majorité éclatée. Il a donné lieu à la première passe d'armes en règle entre le maire sortant Olivier Carré et son prédécesseur Serge Grouard, qu'il retrouvera face à lui au premier tour des municipales en 2020. Le ton est donné : la confrontation sera âpre et sans pitié.
Le conseil municipal d'Orléans se réunit aujourd'hui dans un climat particulier et sur fond de lutte de pouvoir pour les prochaines municipales . La majorité a d'ores et déjà implosé : Florent Montillot s'est vu retirer ses délégations dont l'Éducation, Nathalie Kerrien a officialisé sa candidature et Serge Grouard a été investi par les LR pour les municipales. Tête de liste ou non, il sera donc opposé à son ancien adjoint, ancien ami et néanmoins maire sortant Olivier Carré.
La séance s'annonce pour le moins électrique... Et beaucoup de monde est présent pour y assister : les tribunes dédiées au public orléanais sont pleines.
François Lagarde  (opposition) lance les hostilités avec une longue tirade sans lien avec les municipales, mais qui concerne la récente agression d'un agent de police des transports. Il dénonce le fait qu'Olivier Carré n'a pas souhaité équiper les agents en taser alors que le processus était lancé, changeant ainsi d'avis selon lui. Et soutient qu'il n'aurait pas été à la hauteur, ensuite, dans la gestion de cet incident et notamment en terme de soutien à l'agent.
Olivier Carré lui répond, laconiquement : "M. Lagarde, je suis ravi de vous voir au conseil municipal d'Orléans !" Ce qui sera son unique réponse sur ce sujet.
Le conseil aborde ensuite la question du maintien, ou non, du poste d'adjoint de Florent Montillot (4ème maire-adjoint à l’éducation et les connaissances, la prévention et la réussite éducative), qui devait cristalliser les tensions au sein de la majorité. 
Olivier Carré indique : "J'ai confié ces délégations à Mme Alexandrine Leclerc (adjointe à la famille et aux solidarités, NDLRet M. Olivier Geffroy (adjoint à la sécurité et à la tranquillité publique, NDLR), nous devons maintenant nous prononcer sur le maintien ou non de Florent Montillot en qualité d'adjoint."
Serge Grouard : "Nous sommes confrontés à une situation grave et inédite à Orléans. Avant de commettre l'irréversible, je vous demande, M. le Maire, au nom des liens qui ont uni les membres de notre majorité, de retirer cette délibération de l'ordre du jour, et une suspension de séance de 5 minutes pour y réfléchir."
Corinne Leveleux-Texeira : "Je n'en vois pas l'intérêt."
Olivier Carré : "C'est votre droit, mais elle est accordée."
Il est 14h52, la séance du conseil municipal est suspendue.

14h57, la séance reprend. 

Charles-Éric Lemaignen (nouvelle gouvernance Ville-Métropole) : "Tous les élus de cette assemblée recherchent le bien-être des Orléanais. Nul n'a le monopole du travail pour les Orléanais. Est-il utile de retirer à Florent Montillot ses délégations ? Personne ne peut contester la qualité du travail accompli dans ses délégations successives, à la sécurité comme à l'éducation. Je ne vois aucune divergence entre la politique qu'il mène et vos choix. Pourquoi, à quatre mois des échéances, lui retirer ses délégations ? C'est pour punir le président départemental de l'UDI de négocier avec Serge Grouard. C'est une première à Orléans ! Est-ce nécessaire vis-à-vis des fonctionnaires municipaux ? Ils vivraient mal, selon vous, le fait que l'on conteste votre gouvernance... Les périodes électorales sont toujours compliquées et les services savent faire la part des choses, ils font leur travail dans une stricte neutralité. Plutôt que de jouer la victimisation, M. le Maire, vous devriez regarder les effets de votre propre gouvernance. Vous avez fait pression sur des élus pour qu'ils ne rejoignent pas Serge Grouard..."
Béatrice Barruel (conseillère à la gestion et au développement des campus universitaires) : "Je me sens obligée d'intervenir. Dans notre majorité, on a eu des différends, on s'est accroché. Mais je défie chacun d'entre nous de contester le travail de Florent Montillot."
Nathalie Kerrien, elle, alerte sur un certain cumul des fonctions qui pourrait nuire, selon elle, à certaines délégations : "Je vous dis mon étonnement et mon inquiétude, car après le retrait des délégations de Florent Montillot vous avez confié à la même personne - Mme Leclerc - plusieurs de ces délégations : éducation, prévention, familles, etc. "
Philippe Barbier (conseiller à la musique et au patrimoine historique) : "Je veux parler de l'homme. Florent Montillot, un homme d'honneur, qui fait son travail à 100%. Il peut plaire aux uns, pas aux autres, ce n'est pas la question. Mais chacun reconnaît ses résultats. Pourquoi nous demander de sanctionner un élu qui agit au quotidien et obtient des résultats ?"
Michel Martin (adjoint aux finances, affaires juridiques et contentieuses et moyens généraux) : "Je me demandais pourquoi l'opposition ne prenait pas la parole ? Vous êtes hors jeu et je comprends".
Corinne Leveleux-Texeira (opposition, PS) : "On est atterré par ce spectacle."
Ce à quoi Michel Martin répond : "Moi aussi ! Sur le fond de la question, quand on a constaté qu'Olivier Carré s'éloignait de la majorité municipale il y a deux ans (rires et stupeur dans la salle, NDLR), on a pensé avec Florent Montillot que ce n'était pas une bonne démarche pour la majorité, qu'elle nous mènerait inévitablement à des complexités. Nous avons voulu rentrer dans le dialogue car nous sommes liés par des liens forts, mais cela n'a pas pu aboutir. La cause pour moi de cet échec, c'est qu'il y a un désaccord sur la gouvernance. Certains disent "Il me faut tous les pouvoirs pour avancer, être dans les 15 meilleurs, etc.", quand d'autres pensent qu'il faut partager pour faire avancer les Orléanais. C'est ce que je dis à Olivier Carré, je lui ai dit et je lui dirait encore..."

Les soutiens à Florent Montillot

"Un sujet est encore plus secondaire, c'est faire de petits arrangements dans le dos des électeurs, et vous ne me trouverez jamais dans cette posture, M. Martin", assène alors Olivier Carré.
Arlette Fourcade (opposition) : "Nous sommes écoeurés par cette situation et l'attitude de l'homme qui est aux affaires."
Martine Grivot (adjointe à la promotion du territoire, relations extérieures, tourisme et festival de Loire) : "Je parlerai avec mon coeur. Je suis élue depuis 2001. Nous avons tous depuis travaillé auprès de Florent Montillot, travailleur, compétent, énervant des fois. Mais il a toujours mené à bien ses missions. Nous avons beaucoup appris à ses côtés, c'était le plus expérimenté en politique à l'époque. Mais il était humain aussi. Il a été mon ami durant ces 18 années, comment pourrais-je décider demain qu'il ne sera plus adjoint au service des Orléanais ? Non, j'en ai vraiment sur le coeur et ce qu'il se passe me navre. Il ne mérite pas ce qui lui arrive aujourd'hui."
Des applaudissements se font entendre dans la salle et surtout dans le public, visiblement acquis à la cause de Florent Montillot.
Michel Ricoud (opposition, PCF) : "Le cirque continue. C'est une image déplorable pour les Orléanais. Je regrette que ce feuilleton continue depuis des semaines."
Dominique Tripet (opposition, Front de gauche) : "Notre seul enjeu, à nous, l'opposition, ce sont les Orléanais. Le conseil municipal est dans le même état que notre société : en déliquescence ! Comment voulez-vous que les citoyens nous fassent confiance ? Nous ne prendrons pas part à ce vote, nous sommes dépités."

Le plaidoyer de Serge Grouard : "Olivier Carré, je ne vous reconnais plus !"

"Passons à autre chose, retirez cette délibération qui n'a pas de sens, M. le Maire. Il y a beaucoup de monde dans la salle, M. le Maire. Je suis triste de voir que vous n'accédez pas à ma demande. Vous pouvez retirer cette délégation. Vous plongez le conseil municipal tout entier dans l'embarras. La question est de savoir si votre choix est fondé ou non : vous êtes dans la légalité mais êtes vous légitime ? Au terme de la loi, il faut que votre décision ne soit pas motivée par un motif étranger à la bonne marche de la ville. Il faut démontrer que Florent Montillot a nui à la bonne marche de la ville. Mes chers collègues, Florent Montillot a-t-il nui à la bonne fonction de la ville ? C'est la seule question qui vaille !", dit-il en haussant le ton. "Aller dans ce sens, ce serait la porte ouverte à tous les excès, les dérapages, les copinages. Ce serait nous ériger en juge de la personne et en le pire des tribunaux populaires. Ce n'est pas la loi !" Serge Grouard prend les élus à témoins : "L'un d'entre vous oserait il affirmer que Florent Montillot a nui à la ville ? Si oui, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais !!!"
Il poursuit : "Nous lui devons la baisse spectaculaire de la délinquance à Orléans : -70%. Vous lui devez tous, élus de la majorité, votre mandat ! Sans lui nous aurions perdu en 2008 et ne siégerons pas ici ! La réponse à cette question saugrenue relève de l'évidence : non seulement Florent Montillot n'a pas nui à la bonne marche de la ville mais il fait partie de ceux qui ont le plus contribué à son bien-être. Je m'adresse à vous M. le Maire, votre décision n'a rien à voir avec l'intérêt d'Orléans mais votre intérêt électoral. Vous n'avez pas supporté qu'il ne vous apporte pas son soutien et l'investiture de l'UDI. Vous n'êtes pas victime, M. le Maire, vous êtes responsable. Il a pourtant tout fait pour nous réunir derrière vous."
Olivier Carré intervient : "Ah oui, effectivement, dans mon dos !"
Serge Grouard : "Non, avec vous ! Et vous avez refusé. Et maintenant vous jouez les victimes. Olivier Carré je ne vous - je ne te - reconnais plus... Vous qui n'avez pas été élu par les Orléanais, vous ne respectez pas l'héritage. Vous êtes victime de vos propres erreurs. Je vous le dis, prendre cette décision ferait de nous des adversaires (rires dans la salle, NDLR). Nous cumulons des records vous et moi : moi pour la longévité à la mairie et une élection gagné au premier tour, vous pour le nombre de démissions d'ores et déjà enregistrées. Nous devons nous prononcer sur une décision infamante, qui va rester dans l'histoire."

Florent Montillot : "Oui, je suis coupable... de loyauté"

C'est au tour de Florent Montillot de prendre la parole et de se défendre. "D'abord, merci pour votre délicatesse, M. le Maire, à savoir m'avoir retiré mes délégations après m'avoir laissé le temps de terminer mes dossiers en cours (qu'il énumère, NDLR). J'ai en revanche du mal à comprendre votre décision d'aujourd'hui. Vous avez décidé de me retirer mes délégations et je le respecte. Mais il était inutile d'en arriver à la situation d'aujourd'hui. Demander à tous de lever le pouce ou de le baisser, ça n'a rien du Nouveau Monde mais plutôt de l'Antiquité. Vous dites que vous souhaitez rassembler les Orléanais, mais comment faire quand on n'arrive même pas à rassembler sa propre majorité ? Alors oui, je plaide coupable. Je plaide coupable de loyauté à notre majorité. Quand nous avons compris les difficultés dans lesquelles nous étions en train de nous embourber, nous avons essayé de trouver des voies de passage. Nous avons échoué, c'est regrettable et c'est ainsi. Je suis coupable de loyauté envers vous, M. le Maire, en ayant joué le rôle de lanceur d'alertes, en face-à-face, sans être en public ou en conseil municipal. Je vous avais prévenu, vous réfutiez mes propos avant même de comprendre. Comme l'hémorragie dans la police municipale, les difficultés de l'université, la santé... Lorsque j'ai parlé de la nécessité d'un CHRU Tours-Orléans (il monte le ton à son tour, NDLR), quand on parlait transports et environnement, bus chinois, etc. Tout cela je l'ai fait par loyauté envers les Orléanais. Je suis coupable de loyauté envers les Orléanais mais aussi envers Serge Grouard. C'est vrai, j'ai beaucoup de défauts, je suis frondeur, tête de mule. Mais aller dans le sens du vent c'est une ambition de feuille morte. Vous pouvez me retirer mes délégations mais pas mon honneur, ma dignité et ma liberté de pensée ! Mais quoi qu'il arrive je continuerai inexorablement". Et de citer un poème de Kipling... suivi d'applaudissements nourris dans le public.

La réponse émue mais sans concession d'Olivier Carré

"L'exercice du pouvoir n'est pas simple", commence Olivier Carré, à l'heure de fermer les débats. "Et parfois, voire toujours, on passe sur beaucoup d'émotions, sur beaucoup d'éléments qui nous touchent affectivement car des réalités se font jour et qu'on en a la charge. A propose de tout ce que vous avez dit, les uns et les autres, je n'ai rien à contredire sur les qualités et l'engagement de celui qui a été un camarade, un ami et auprès duquel j'ai beaucoup appris (Florent Montillot, NDLR). C'est donc avec beaucoup de peine et d'émotion que j'ai pu constater à un moment donné que la confiance qui existait entre nous était en train de se rompre. Cette confiance qui peut se rompre entre deux hommes est quelque chose qui peut se produire. Elle s'est d'ailleurs produite en juin quand Serge Grouard a donné sa démission, en m'expliquant, déjà à l'époque, que j'avais changé. Mais nombreux savent ici qu'à chaque fois qu'on m'a demandé des têtes, d'être sévère, j'ai répondu que la sévérité était dans le regard de ceux qui nous avaient élus. Le maire a, à l'égard de son administration, la responsabilité de faire fonctionner la ville au nom des habitants. Lorsque cette confiance entre le maire et les adjoints est rompue, cela se voit dans les multiples questions qui émanent : "L'adjoint parle en votre nom ou en son nom à lui ?". Lorsqu'il s'agit d'entrer dans une logique d'opposition comme c'est le cas, les interrogations deviennent ensuite des dysfonctionnements. Nous avons le devoir de les enrayer. Ce sont les positions publiques qui amènent le trouble. Je souhaite de la clarté. Cela ne me gène pas que chacun prenne, personnellement, une position avant les élections. Mais, dans leurs mandats, les adjoints doivent faire preuve de loyauté envers le maire. Dans leurs actes et leurs positions. J'avais nécessité de rendre plus claire une situation qui peut devenir confuse. Vous connaissez ces règles M. Grouard et je pourrais vous en vouloir d'ajouter à ce trouble."
Sur 53 bulletins au total, pas de bulletin nul, 6 bulletins blancs, 47 exprimés.
28 sont pour le non maintien de Florent Montillot dans ses fonctions d'adjoint, et 19 sont pour. Florent Montillot est donc démis de ses fonctions d'adjoint au maire d'Orléans.
Le public sort de la salle, le conseil municipal reprend le cours des délibérations inscrites à l'ordre du jour... et le divorce est officiellement et totalement consommé entre Olivier Carré et Serge Grouard, mais plus encore entre les deux groupes qui s'affrontent, aujourd'hui, au sein d'une majorité qui n'en a plus que le nom et, demain, devant les électeurs orléanais.

Johnny Roussel
FM


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